{"id":656,"date":"2021-03-10T14:27:50","date_gmt":"2021-03-10T13:27:50","guid":{"rendered":"https:\/\/eddymarnay.com\/?page_id=656"},"modified":"2021-05-18T17:09:17","modified_gmt":"2021-05-18T15:09:17","slug":"les-mots-deddy","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/eddymarnay.com\/?page_id=656","title":{"rendered":"Les mots d&#8217;Eddy"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row content_width=&#8221;full&#8221; equal_height=&#8221;&#8221; font_color=&#8221;light&#8221; background_type=&#8221;image&#8221; background_img=&#8221;661&#8243; background_img_lazyload=&#8221;1&#8243; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615383108521{margin-top: 88px !important;}&#8221;][vc_column content_type=&#8221;block-media&#8221; shift_x=&#8221;0&#8243; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243;][vc_single_image image=&#8221;434&#8243; img_size=&#8221;full&#8221; full_width=&#8221;1&#8243; hover_effect=&#8221;zoomin&#8221; opacity=&#8221;100&#8243; animated_svg=&#8221;1&#8243; css_animation=&#8221;zoom-in&#8221; css_animation_delay=&#8221;500&#8243;][\/vc_column][\/vc_row][vc_row equal_height=&#8221;&#8221; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615373772635{margin-bottom: -80px !important;}&#8221;][vc_column][vc_separator el_width=&#8221;30px&#8221; el_height=&#8221;3px&#8221; color=&#8221;custom&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615372008885{margin-top: -50px !important;}&#8221;][vc_custom_heading text=&#8221;LES MOTS D&#8217;EDDY&#8221; font_size=&#8221;30&#8243; color=&#8221;accent&#8221; font_weight=&#8221;700&#8243; tag=&#8221;h1&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1621350555347{margin-top: -10px !important;margin-right: -10px !important;margin-bottom: -10px !important;margin-left: -10px !important;border-top-width: -10px !important;border-right-width: -10px !important;border-bottom-width: -10px !important;border-left-width: -10px !important;padding-top: -10px !important;padding-right: -10px !important;padding-bottom: -10px !important;padding-left: -10px !important;}&#8221;][vc_separator el_width=&#8221;30px&#8221; el_height=&#8221;3px&#8221; color=&#8221;custom&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][\/vc_column][\/vc_row][vc_row equal_height=&#8221;&#8221; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243; row_name=&#8221;propos-sur-la-chanson&#8221;][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][vc_column width=&#8221;5\/6&#8243;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; css=&#8221;.vc_custom_1615452209343{margin-top: -20px !important;}&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_custom_heading text=&#8221;Propos sur la chanson&#8221; font_size=&#8221;&#8221; color=&#8221;accent&#8221; font_weight=&#8221;700&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615454720152{margin-top: -20px !important;margin-bottom: -20px !important;}&#8221;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_column_text]Avant la d\u00e9couverte du disque, de la radio, de la t\u00e9l\u00e9vision, avant m\u00eame que n\u2019existent les moyens de diffusions modernes, des chansons furent \u00e9crites qui connurent les succ\u00e8s et franchirent les si\u00e8cles.<\/p>\n<p>De \u00ab Plaisir d\u2019amour \u00bb au \u00ab Temps des cerises\u00a0\u00bb, notre patrimoine abonde en exemples c\u00e9l\u00e8bres d\u2019\u0153uvres dont personne ne saurait s\u2019approprier la paternit\u00e9 si ce n\u2019est ceux qui les ont \u00e9crites. Il est \u00e9vident, pour nous auteurs, que la cr\u00e9ation est un acte intime n\u00e9 de la rencontre d\u2019une id\u00e9e et de la main qui met sur le papier ou sur une bande magn\u00e9tique et que tout ce qui peut se produire au-del\u00e0 de ce geste n\u2019est plus cr\u00e9ation mais utilisation.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9vidence, \u00ab Le lac des cygnes \u00bb est une \u0153uvre de Tcha\u00efkovski et non de Petitpas, m\u00eame si ce chor\u00e9graphe g\u00e9nial sut lui donner forme et la marque de son talent.<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0 : Petitpas n\u2019aurait pas exist\u00e9 sans la musique et jamais Tcha\u00efkovski n\u2019eut \u00e0 partager les droits de son ballet. Des centaines de chefs prestigieux ont dirig\u00e9 les \u0153uvres de Mozart sans pour autant exiger d\u2019en \u00eatre co-signataires.<\/p>\n<p>Mais nous ne sommes plus au temps o\u00f9 l\u2019on rendait \u00e0 C\u00e9sar\u2026<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ceux qui utilisent nos \u0153uvres, qui lui offrent un support ou un pr\u00e9sentoir technique voudraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme co-auteurs de l\u2019\u0153uvre sans laquelle leur talent ne pourrait s\u2019exercer.<\/p>\n<p>Il importe donc que quiconque veut acc\u00e9der \u00e0 la profession du spectacle sache qu\u2019une fois pour toutes l\u2019\u0153uvre est une entit\u00e9 du moment o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e du n\u00e9ant par ceux que l\u2019on nomme les cr\u00e9ateurs, que plus jamais elle n\u2019aura d\u2019autres concepteurs. Qu\u2019une fois pour toutes les auteurs ont du talent et n\u2019en ont pas, que tout le monde peut s\u2019en servir mais que personne ne peut leur en prendre.<\/p>\n<p>Il importe de savoir que l\u2019\u0153uvre, m\u00eame dans un tiroir, m\u00eame sur une \u00e9tag\u00e8re, reste une \u0153uvre et la seule propri\u00e9t\u00e9 de celui qui l\u2019a \u00e9crite.<\/p>\n<p>Et m\u00eame si personne n\u2019en \u00e9tait d\u2019accord, si par protestation tous ceux qui v\u00e9hiculent la chanson se mettaient un jour en gr\u00e8ve, les auteurs, ceux qui m\u00e9ritent ce nom, sauraient toujours aller de ville en ville et de stade en stade pour se faire conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Ils sont les descendants de Martini et de Jean-Baptiste Cl\u00e9ment, qui ne jug\u00e8rent jamais utile de partager leur signature.[\/vc_column_text][\/vc_column][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][\/vc_row][vc_row equal_height=&#8221;&#8221; background_type=&#8221;image&#8221; background_color=&#8221;custom&#8221; background_img_lazyload=&#8221;1&#8243; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243; background_custom_color=&#8221;#f2f3f2&#8243; row_name=&#8221;legion-dhonneur&#8221;][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][vc_column width=&#8221;5\/6&#8243;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; css=&#8221;.vc_custom_1615452209343{margin-top: -20px !important;}&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_custom_heading text=&#8221;Discours \u2013 L\u00e9gion d\u2019Honneur&#8221; font_size=&#8221;&#8221; color=&#8221;accent&#8221; font_weight=&#8221;700&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615454702965{margin-top: -20px !important;margin-bottom: -20px !important;}&#8221;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_column_text]Je saluerai d\u2019abord les proches collaborateurs de Monsieur Jacques Toubon, Ministre de la Culture, qui nous font l\u2019honneur d\u2019\u00eatre ici ce soir.<\/p>\n<p>S\u2019ils sont pr\u00e9sents, Jacques Blache n\u2019y est pas \u00e9tranger. \u00ab Il faut toujours remercier Jacques Blache ! \u00bb disait un jour, \u00e0 juste titre, G\u00e9rard Davoust. J\u2019ajouterai : \u00ab Si vous ne savez pas pourquoi, lui le sait ! \u00bb. Il semble que Jacques Blache soit n\u00e9 pour tisser des liens entre les gens. Disponible, dynamique, \u00e9clair\u00e9. En plus d\u2019\u00eatre un grand d\u00e9fenseur de notre cause, il est le sourire de la S.A.C.E.M. et nous avons beaucoup de chance de l\u2019avoir avec nous.<\/p>\n<p>[read_more id=&#8221;1&#8243; more=&#8221;Lire la suite&#8221; less=&#8221;Retour&#8221;]<\/p>\n<p>Parce que je sais qu\u2019il ne peut pas s\u2019attarder, je voudrais exprimer \u00e0 Henri Contet toute ma gratitude de d\u00e9butant envers l\u2019auteur c\u00e9l\u00e8bre qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0. Ce d\u00e9butant qui eut l\u2019audace de lui faire grimper les trois \u00e9tages de ses parents, rue La Fayette, pour lui faire entendre les chansons inconnues de l\u2019inconnu qu\u2019il \u00e9tait. D\u00e9j\u00e0 combl\u00e9 de ce qu\u2019il ait pris la peine de m\u2019\u00e9couter, j\u2019\u00e9tais bien loin de me douter qu\u2019\u00e0 quelque temps de l\u00e0, lorsque je m\u2019enhardis jusqu\u2019\u00e0 appeler des vedettes de l\u2019\u00e9poque, en disant timidement\u00a0: \u00ab\u00a0Vous ne me connaissez pas. Je m\u2019appelle Eddy Marnay\u2026\u00a0\u00bb, certaines voix me r\u00e9pondraient\u00a0: \u00ab\u00a0Mais je vous connais tr\u00e8s bien. Henri Contet m\u2019a parl\u00e9 de vous !\u00a0\u00bb. Henri Contet, Pr\u00e9sident d\u2019Honneur, donneur d\u2019encouragements, grand seigneur au panache discret. L\u2019Ami et l\u2019un des plus grands auteurs de notre temps. Du lointain de ma jeunesse, je te dis : Merci\u00a0!<\/p>\n<p>Ma premi\u00e8re L\u00e9gion d\u2019Honneur, je l\u2019ai re\u00e7ue le jour o\u00f9 mon p\u00e8re fut nomm\u00e9 Meilleur Ouvrier de France. J\u2019avais douze ans, assis au premier rang de la Salle des F\u00eates de la Mairie d\u2019Alger dont les fen\u00eatres s\u2019ouvraient sur le bleu de la M\u00e9diterran\u00e9e, ciel et mer confondus, et ce qui me transportait d\u2019orgueil c\u2019\u00e9tait non pas qu\u2019il f\u00fbt Meilleur Ouvrier, cela n\u2019avait pas tellement de r\u00e9alit\u00e9 pour moi, mais Meilleur ouvrier\u2026 DE FRANCE.<\/p>\n<p>Pour nous qui \u00e9tions n\u00e9s Fran\u00e7ais sur une autre terre, ce mot &#8211; FRANCE &#8211; r\u00e9sonnait comme le nom d\u2019une m\u00e8re mythique, inaccessible, \u00e0 laquelle nous appartenions sans la conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Nos anc\u00eatres s\u2019habillaient \u00e0 la Turque. La Terre qui nous avait enfant\u00e9s \u00e9tait celle de Carthage, de Rome, dont Cherchell, Timgad, Tipasa conservaient les pierres, cette Maur\u00e9tanie des Fatimides, des Almohades, des Almoravides qui \u00e9tait devenue un creuset turco-arabo-jud\u00e9o-berb\u00e8re lorsque, en 1830, sous le pr\u00e9texte discutable d\u2019un coup d\u2019\u00e9ventail, la France s\u2019en empara.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 venions-nous ? Et comment ? Que pouvais-je avoir de commun avec un Limousin, un Tourangeau, un Franc-Comtois\u2026 ou m\u00eame une Qu\u00e9b\u00e9coise ? -Eh bien, la d\u00e9coration de mon p\u00e8re, pr\u00e9cis\u00e9ment, qui me faisait \u00ab DE France \u00bb comme Bois-le Pr\u00eatre, Chemin des Dames, voire Dardanelles et Gallipoli, les rep\u00e8res de \u00ab SA\u00a0\u00bb guerre, celle de 14-18, dont ses r\u00e9cits submergeaient notre enfance.<\/p>\n<p>Sans qu\u2019il fut question de droit du sol ou de droit du sang, la France \u00e9tait notre fiert\u00e9. Et c\u2019est bien l\u00e0 le seul vrai crit\u00e8re.<\/p>\n<p>Toute une vie, tandis que ma m\u00e8re brodait des nappes \u00e0 l\u2019ancienne en fredonnant \u00ab La Paloma \u00bb ou la \u00ab S\u00e9r\u00e9nade de Toselli \u00bb (au m\u00e9pris des quotas fran\u00e7ais), j\u2019ai vu mon p\u00e8re \u00e0 son \u00e9tabli, visi\u00e8re de cellulo\u00efd bleu au front pour prot\u00e9ger sa vue du projecteur qui \u00e9clairait la bague, le bracelet, le pendentif ou le collier qu\u2019il fabriquait de ses mains, pi\u00e8ce par pi\u00e8ce, motif par motif, d\u00e9coupant, ajustant, soudant, sertissant, guillochant, huit heures par jour &#8211; et plus -, v\u00e9rifiant \u00e0 la loupe chaque avanc\u00e9e de son travail, s\u2019assurant qu\u2019il n\u2019avait pas commis d\u2019erreur, comme pour m\u2019indiquer la voie. Car moi, plus tard, reprenant chaque mot \u00e0 la lumi\u00e8re de ma lampe, fa\u00e7onnant mes chansons \u00ab \u00e0 la main \u00bb, je finis par m\u2019identifier \u00e0 mon p\u00e8re et \u00e0 me vivre comme un artisan. \u00c0 cette diff\u00e9rence pr\u00e8s que lui ne pouvait pas se permettre de rater un bijou et que m\u00eame ses d\u00e9chets les plus humbles \u00e9taient toujours d\u2019or ou d\u2019argent.<\/p>\n<p>Avant de quitter l\u2019Alg\u00e9rie, je voudrais rendre hommage \u00e0 quelques hommes venus de France dont les noms sont rest\u00e9s fid\u00e8lement attach\u00e9s \u00e0 ma m\u00e9moire. Ils s\u2019appelaient Vall\u00e9e, Marty, Laherre, Da Costa Rancillac\u2026 Ils respiraient le XIX\u00e8me Si\u00e8cle et les Belles-Lettres. C\u2019\u00e9taient d\u2019Honn\u00eates Gens impr\u00e9gn\u00e9s de Grec et de Latin \u00e0 qui l\u2019on avait confi\u00e9 la t\u00e2che redoutable d\u2019\u00eatre nos Professeurs de Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Dans ce beau Lyc\u00e9e d\u2019Alger, baign\u00e9 de soleil et de blancheur, ils devaient, souvent avec d\u00e9solation, se heurter \u00e0 une bande de babouins dont la Langue n\u2019avait qu\u2019un vague rapport avec celle de Ch\u00e2teaubriand. Ils eurent \u00e0 affronter notre indiscipline caract\u00e9ris\u00e9e et la mauvaise volont\u00e9, l\u2019opposition inconsciente de beaucoup d\u2019entre nous qui se raccrochaient \u00e0 leur jargon &#8220;couleur locale&#8221; comme \u00e0 une identit\u00e9 dont on aurait tent\u00e9 de les d\u00e9poss\u00e9der.<\/p>\n<p>Moi, je leur dois d\u2019\u00eatre tomb\u00e9 amoureux de la Langue Fran\u00e7aise. Et j\u2019ai pu \u00eatre de ces quelques-uns -miracul\u00e9s- dont les chansons ont atteint l\u2019oreille et le c\u0153ur du public, c\u2019est avant tout \u00e0 ces hommes que je le dois, ces hommes d\u2019une autre trame qui enseignaient comme on ne sait plus beaucoup le faire et qui se retourneraient dans leur tombe s\u2019ils entendaient le langage qui se pratique, de nos jours, sur nos cha\u00eenes de radio et de t\u00e9l\u00e9vision, aussi bien que dans nos rues et nos \u00e9coles.<\/p>\n<p>Pierre Delano\u00eb est l\u2019initiateur de cette soir\u00e9e. Je dois \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 attentive qu\u2019il m\u2019a toujours port\u00e9e d\u2019\u00eatre ici, rouge de plaisir et de fiert\u00e9. Mais ma reconnaissance va plus loin que le respect et l\u2019affection que nous avons toujours eus l\u2019un pour l\u2019autre.<\/p>\n<p>Notre g\u00e9n\u00e9ration voyageait encore. Ses chansons gagnaient l\u2019Am\u00e9rique, l\u2019Angleterre, le Japon. La Chanson Fran\u00e7aise \u00e9tait un navire qui touchait un peu tous les ports du monde, et la figure de proue de ce navire \u00e9tait Pierre Delano\u00eb. Auteur-pilote de ce demi-si\u00e8cle, Pierre le prolifique, prolifique parce que g\u00e9n\u00e9reux, a su nous rendre envieux de son talent et nous insuffler un esprit de conqu\u00eate. C\u2019est peu dire aussi qu\u2019un bon nombre de carri\u00e8res de vedettes ne se seraient pas faites si elles ne s\u2019\u00e9taient nourries de son invention et de sa f\u00e9condit\u00e9.<\/p>\n<p>Je n\u2019h\u00e9siterais pas \u00e0 dire que Pierre Delano\u00eb est l\u2019auteur symbole de notre temps. M\u00eame si cela devait heurter sa modestie l\u00e9gendaire.<\/p>\n<p>De son vrai nom Le Royer, Pierre, il se pr\u00e9nomme aussi Charles, Manuel et\u2026 NAPOL\u00c9ON ! Un jour comme aujourd\u2019hui ! Nous avons donc, sans le savoir, un lien secret puisque mon second pr\u00e9nom est DAVID\u00a0! C\u2019est pourquoi, en dressant, au d\u00e9but de cette soir\u00e9e, mon portait, il prenait de s\u00e9rieux risques vis-\u00e0-vis de l\u2019Histoire : &#8220;LE SACRE DE DAVID PAR NAPOL\u00c9ON&#8221;, c\u2019est contraire \u00e0 toutes les id\u00e9es re\u00e7ues. En le sacrant \u00e0 mon tour, je n\u2019ai fait que le replacer dans son cadre. Et je me sens soulag\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Je n\u2019ignore pas que d\u2019autres ont souhait\u00e9 pour moi cette distinction, comme d\u2019autres ont voulu que j\u2019entre au Conseil d\u2019Administration et que j\u2019en devienne le Vice-Pr\u00e9sident. Je veux citer des noms, et pardon pour ceux que j\u2019oublierais : Claude Pascal, Jacques Demarny, G\u00e9rard Calvi, Max Amphoux, Louis Amade, Pierre Ribert, G\u00e9rard Davoust, merci\u00a0!<\/p>\n<p>Jean-Loup Tournier, j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 un de vos farouches propagandistes et j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 votre ami avant de vous conna\u00eetre. Depuis ce temps, de beaux souvenirs nous ont reli\u00e9s.<\/p>\n<p>Jacques Larue, qui m\u2019avait fait l\u2019honneur et l\u2019amiti\u00e9 de me consid\u00e9rer comme son dauphin, m\u2019avait demand\u00e9 de r\u00e9pandre le nom d\u2019un brillant gar\u00e7on qui repr\u00e9sentait la S.AC.E.M. \u00e0 New York, et qu\u2019il fallait \u00e0 tout prix faire venir \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>\u00c0 peu de temps de l\u00e0, je me retrouvais face \u00e0 vous et \u00e0 Guy Magenta, balan\u00e7ant des coudes et des bras dans une\u2026 excusez l\u2019expression\u2026 Discoth\u00e8que ! Nos partenaires respectives, happ\u00e9es par les d\u00e9cibels et le d\u00e9lire ambiants, s\u2019\u00e9taient volatilis\u00e9es et nous \u00e9tions l\u00e0, t\u00eate-\u00e0-t\u00eate, gesticulant, parlant de twist en dansant sur des droits d\u2019auteurs\u2026 \u00e0 moins que ce ne f\u00fbt le contraire.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions loin de nous douter alors qu\u2019arriverait une \u00e9poque, la n\u00f4tre, o\u00f9 les gens se trouveraient, comme par un vaste complot, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s d\u2019un de leurs droits le plus sacr\u00e9 : le droit au SILENCE ! Ascenseurs, avions, h\u00f4tels, restaurants, boutiques, grandes surfaces, cliniques, maisons du troisi\u00e8me \u00e2ge\u2026 Plus jamais l\u2019\u00eatre humain n\u2019a le droit de n\u2019\u00e9couter que lui si bon lui semble, le droit de se recueillir.<\/p>\n<p>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment alors que se pratique un abus pervers et ind\u00e9cent de la musique que l\u2019on voudrait taxer la S.A.C.E.M. d\u2019abus de position dominante, simplement parce que nous r\u00e9clamons notre d\u00fb dans un monde qui ne SAIT plus tourner sans nous\u00a0!<\/p>\n<p>Et vous avez eu, ces quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, Jean-Loup, Thierry de Surmont, comme les autres membres du Directoire et comme, finalement, tous ceux qui, dans cette maison, se vouent \u00e0 notre cause, \u00e0 subir le poids de cette guerre o\u00f9, malgr\u00e9 Beaumarchais, malgr\u00e9 Napol\u00e9on\u2026 l\u2019autre\u00a0! la mauvaise foi qui aurait pu marquer des points si vous n\u2019aviez \u00e9t\u00e9, comme toujours depuis quarante-deux ans, en premi\u00e8re ligne.<\/p>\n<p>Merci donc \u00e0 tous ceux qui, \u00e0 Paris comme en Province, nous prot\u00e8gent et nous d\u00e9fendent. Il m\u2019est impossible de citer tous les noms qui me viennent \u00e0 l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Alors ce soir, exceptionnellement, et puisque la distinction dont je fais l\u2019objet n\u2019est pas sans lien avec ma mission au Qu\u00e9bec, permettez-moi de les rassembler tous en la personne de l\u2019un d\u2019entre eux dont on parle trop peu, et pour cause, puisqu\u2019il n\u2019est presque jamais l\u00e0. J\u2019ai nomm\u00e9 Jacques DUPONT, notre Hollandais Volant. Vous le trouverez aux \u00c9tats-Unis, en Argentine, en Australie, en Argentine, en Su\u00e8de, en Argentine, partout et en Argentine\u2026 Mais surtout, il est celui qui, les deux pieds dans ces fameux arpents de Neige, a aid\u00e9 nos amis qu\u00e9b\u00e9cois \u00e0 \u00e9difier cette S.O.D.R.A.C. qui, au fil des ann\u00e9es, m\u2019est devenue aussi ch\u00e8re que la S.A.C.E.M.<\/p>\n<p>Dans un pays o\u00f9 le Droit d\u2019Auteur fut longtemps ignor\u00e9, m\u00e9pris\u00e9, bafou\u00e9, la S.O.D.R.A.C. est n\u00e9e de la qu\u00e9b\u00e9coise S.P.A.C.Q., ce sigle qui claque comme un coup de fouet, et de la S.A.C.E.M. qui sonnerait plut\u00f4t comme un clavecin bien temp\u00e9r\u00e9. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des mousquetaires \u00e0 l\u2019assaut d\u2019une forteresse arrogante et hostile, de l\u2019autre un homme, Jacques DUPONT, porteur d\u2019une m\u00e9thode et de deux cents ans de tradition qui fut souvent le conseiller, le point de r\u00e9f\u00e9rence, palliant quand il le fallait la fougue et l\u2019impatience d\u2019une poign\u00e9e de vaillants gu\u00e9rilleros\u00a0: Lise Aubut, Claudette Fortier, qui savourent les d\u00e9lices de l\u2019Et\u00e9 Indien, tandis que Luc Plamondon, le flamboyant, et Fran\u00e7ois Cousineau, le raisonneur, sont ici ce soir pour ma plus grande joie.<\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s enrichissant et tr\u00e8s r\u00e9chauffant de constater, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un \u00e9v\u00e8nement comme celui-ci, que l\u2019amiti\u00e9 ne conna\u00eet pas les distances.<\/p>\n<p>Celle dont je veux vous parler vient de faire 6.000 kilom\u00e8tres, sp\u00e9cialement pour me voir p\u00e2lir devant cette audience \u00e0 la fois famili\u00e8re et impressionnante. Elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e2me porteuse, la Passionaria du Droit d\u2019auteur au Qu\u00e9bec. La S.P.A.C.Q. est pratiquement n\u00e9e dans sa belle cuisine rustique autour d\u2019une machine \u00e0 Capuccino dont elle a tendance \u00e0 abuser. Auteur-Compositeur-Interpr\u00e8te de grand talent, elle est aussi une femme au grand c\u0153ur dont l\u2019amiti\u00e9 m\u2019est ch\u00e8re. Diane Juster ! Elle a le sens de l\u2019humour car, dans son pays o\u00f9 le r\u00f4le de l\u2019\u00c9diteur est encore mal d\u00e9fini et o\u00f9 les droits, malgr\u00e9 tous nos progr\u00e8s, ne sont pas encore tr\u00e8s substantiels, elle a cr\u00e9\u00e9 ses propres \u00e9ditions qu\u2019elle a appel\u00e9es : Les \u00c9ditions &#8220;Par principe&#8221;<\/p>\n<p>Elle a aussi le sens de la guerre car elle s\u2019est jur\u00e9 un jour de ne plus adresser la parole au Pr\u00e9sident d\u2019une cha\u00eene de T\u00e9l\u00e9vision, par ailleurs son ami, tant que celui-ci n\u2019aurait pas accept\u00e9 le &#8220;deal&#8221; de 400.000 dollars par an qu\u2019elle avait n\u00e9goci\u00e9 en compagnie de Lise Aubut et Claudette Fortier. Il a pay\u00e9\u2026 elle lui a reparl\u00e9 ! J\u2019\u00e9tais \u00e0 leur table le soir de leur &#8220;rabibochage&#8221;.<\/p>\n<p>Merci Diane, Luc, Fran\u00e7ois. Vous m\u2019apportez, non seulement votre pr\u00e9sence, mais aussi une bouff\u00e9e de ce Qu\u00e9bec o\u00f9 j\u2019ai trouv\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 vous, \u00e0 C\u00e9line Dion et Ren\u00e9 Ang\u00e9lil, Mario Pelchat et bien d\u2019autres, un second souffle.<\/p>\n<p>Ce Qu\u00e9bec o\u00f9 l\u2019on porte si haut et si fi\u00e8rement la France, o\u00f9 l\u2019on se bat et o\u00f9 l\u2019on gagne, o\u00f9 l\u2019on donne l\u2019exemple de ce qu\u2019il faut faire pour sauvegarder notre langue, quitte \u00e0 la massacrer un peu au passage, ce Qu\u00e9bec o\u00f9 moi, l\u2019Anc\u00eatre S.A.C.E.M., je suis redevenu Pionnier S.O.D.R.A.C\u2026 Mais je m\u2019aper\u00e7ois que ces deux mots ont pratiquement le m\u00eame sens.<\/p>\n<p>Je suis d\u00e9cid\u00e9ment privil\u00e9gi\u00e9, car quelqu\u2019un d\u2019autre a fait, lui dix mille kilom\u00e8tres pour \u00eatre \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s. New Yorkais de Californie, cette maison est un peu la sienne. Elle a vu passer beaucoup de ses titres, de grands succ\u00e8s, de belles chansons aux textes \u00e9l\u00e9gants et pr\u00e9cis qui me font penser \u00e0 cette tr\u00e8s belle formule : &#8220;Il n\u2019y a de po\u00e9sie v\u00e9ritable que dans l\u2019exactitude des mots.&#8221;<\/p>\n<p>Norman Gimbel est un des plus grands paroliers de son pays. Il a \u00e9crit, entre autres, &#8220;Killing me softly&#8221;, &#8220;The Girl from Ipanema&#8221;, &#8220;Bluesette&#8221;, l\u2019adaptation des &#8220;Parapluies de Cherbourg&#8221;. Il a obtenu un Oscar \u00e0 Hollywood, s\u2019est vu ouvrir le &#8220;Hall of Fame&#8221; le &#8220;Temple de la Renomm\u00e9e&#8221;, cons\u00e9cration supr\u00eame du Show Business am\u00e9ricain. Il est venu, non pas de dix mille kilom\u00e8tres, mais de trente ans d\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n<p>Permettez-moi pour un instant, sans trahir les quotas fran\u00e7ais, de lui adresser quelques mots de bienvenue\u00a0: Dear Norman, I just told a few bad things about you, as you can imagine, for example that you were a great talent and also that you didn\u2019t come from six or seven thousand miles away from here, you came from thirty years of a warm and cloudless friendship and you added one more joy to this unique event that will remain unforgetable to me. Thanks Norman, thanks a lot and all my love.<\/p>\n<p>Je voudrais remercier Jean-Claude et Mania Calon, Derek et Katherine Glynn, eux aussi venus de loin. Les compositeurs, les \u00e9diteurs, mes confr\u00e8res auteurs qui, en d\u00e9montrant beaucoup de talent, m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 en avoir aussi, mes interpr\u00e8tes, tous ceux qui m\u2019ont fait confiance et m\u2019ont accompagn\u00e9 aussi bien sur les autoroutes que sur les chemins caillouteux de &#8220;cette grande petite chose&#8221;, comme disait L\u00e9o Ferr\u00e9, qu\u2019est la Chanson.<\/p>\n<p>Remercier sp\u00e9cialement Ren\u00e9e Lebas parce qu\u2019elle fut la premi\u00e8re \u00e0 me faire confiance, \u00e0 me pr\u00eater sa magnifique voix et \u00e0 me faire r\u00e9-\u00e9crire, \u00e0 juste raison, une dizaine de fois mon premier texte\u2026 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il reste inchantable\u00a0!<\/p>\n<p>Je veux exprimer mon affection et ma reconnaissance \u00e0 tous ceux de ma famille, pr\u00e9sents ou absents : Fr\u00e8res, belle-s\u0153ur (ou belles-s\u0153urs), neveux, cousins-cousines germains ou non qui, en suivant le long d\u00e9roulement de ma carri\u00e8re du m\u00eame \u0153il attentif qu\u2019ils avaient \u00e0 mes d\u00e9buts m\u2019ont maintenu peut-\u00eatre en \u00e9tat de vigilance et aid\u00e9 au-del\u00e0 de ce qu\u2019ils peuvent imaginer, car le salaire le plus pr\u00e9cieux d\u2019un cr\u00e9ateur, c\u2019est bien la reconnaissance des siens, pairs, amis ou parents. Et je n\u2019en ai jamais manqu\u00e9.<\/p>\n<p>Cette maison o\u00f9 nous sommes est devenue la mienne, non pas parce que j\u2019y per\u00e7ois mes droits, mais parce qu\u2019elle contient ma famille d\u2019\u00e9lection. Au-del\u00e0 de toutes les r\u00e9compenses, la r\u00e9ussite d\u2019un homme est affective\u2026 ou alors elle n\u2019est pas.<\/p>\n<p>Je n\u2019oublierai pas la blondeur qu\u00e9b\u00e9coise qui, depuis plus de treize ans, est entr\u00e9e dans ma vie et dans mes chansons au point de les conna\u00eetre et de les prot\u00e9ger mieux que moi. Je lui suis reconnaissant au-del\u00e0 de toute expression des liens qu\u2019elle a su tisser avec ma fille, absente ce soir, \u00e0 mon grand regret. Je lui dois beaucoup. J\u2019honore ses parents et c\u2019est une grande partie de moi-m\u00eame qui est ici ce soir avec elle.<\/p>\n<p>J\u2019ai commenc\u00e9 en vous parlant de mon p\u00e8re. C\u2019est par lui et par celle qui partagea sa vie que je terminerai.<\/p>\n<p>Cet artiste au talent incomparable eut un jour la malencontreuse id\u00e9e d\u2019ouvrir boutique \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son atelier. Meilleur Ouvrier de France \u00e0 son \u00e9tabli, il \u00e9tait \u00e0 son comptoir, tout sauf un commer\u00e7ant et allait jusqu\u2019\u00e0 oublier le prix de revient de ses bijoux, de son loyer, de son gaz et de son \u00e9lectricit\u00e9 pour peu qu\u2019un client s\u2019\u00e9merveill\u00e2t de ses cr\u00e9ations. Ses prix de vente \u00e9taient inversement proportionnels \u00e0 l\u2019enthousiasme de l\u2019acheteur et, pour peu qu\u2019il s\u2019ag\u00eet d\u2019un chanteur ou d\u2019une chanteuse de l\u2019Op\u00e9ra, dont son magasin \u00e9tait proche, ils descendaient \u00e0 z\u00e9ro, au grand d\u00e9sarroi de ma m\u00e8re, qui essayait en m\u00eame temps de tenir les comptes et de nous maintenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart des difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>Cela tenait du ballet a\u00e9rien, mon p\u00e8re \u00e9tant le funambule qui tombait souvent sans le savoir, car ma m\u00e8re \u00e9tait l\u00e0, miraculeusement pour le recueillir dans un filet invisible.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re \u00e9tait depuis soixante-dix ann\u00e9es \u00e0 son \u00e9tabli. Il travaillait dans une pi\u00e8ce de leur appartement, car il n\u2019aurait pas su vivre sans faire vivre ses mains, mais ne vendait plus rien depuis longtemps. D\u2019autres produisaient industriellement les m\u00eames bijoux que les siens pour un prix infiniment moins \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>Ils re\u00e7urent un jour la visite d\u2019un Inspecteur des Finances. Contr\u00f4le fiscal. J\u2019\u00e9tais venu \u00e0 la rescousse. L\u2019Inspecteur demanda sans pr\u00e9ambule \u00e0 voir leur comptabilit\u00e9. Ma m\u00e8re sortit d\u2019un tiroir un superbe agenda des Galeries Lafayette dans lequel l\u2019Inspecteur lut (je lisais par-dessus son \u00e9paule)\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Achat 1 Kilo mati\u00e8re argent &#8230;.. 25.000 F. (anciens)<\/li>\n<li>Achat soudure argent\u00a0 &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.\u00a0\u00a02.000 F.<\/li>\n<li>Contr\u00f4le de la Garantie\u00a0 &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.\u00a0\u00a04.000 F.<\/li>\n<li>2 kilos de tomates\u00a0 &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 6 F.<\/li>\n<li>Radis, ail persil\u00a0 &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a05 F.<\/li>\n<li>Chaussures Gaston &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/li>\n<\/ul>\n<p>Point d\u2019exclamation, point d\u2019interrogation dans l\u2019\u0153il de l\u2019Inspecteur, qui a l\u2019air de me demander si on se moque de lui, mais la stupeur me rend ind\u00e9chiffrable.\u00a0Il se tourne alors vers ma m\u00e8re et trouve la douceur m\u00eame, le sourire \u00e9panoui d\u2019un jeune \u00e9cureuil, satisfaite de la bonne tenue de son agenda \u00e0 la couverture fleurie.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 mon p\u00e8re, d\u00e9bonnaire, hospitalier, je jurerai &#8211; je redoute &#8211; qu\u2019il ne soit sur le point de dire : &#8220;Vous prendrez bien l\u2019anisette avec nous\u00a0?&#8221;<\/p>\n<p>L\u2019Inspecteur les observe, perplexe, me regarde, puis prend le chemin de la sortie en disant : &#8220;Bon, tout est en r\u00e8gle&#8221;. Et il emporte avec lui un myst\u00e8re\u2026 ou une certitude. Je ne sais.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 mes parents. Bons, rares, simples, grands.\u00a0Ce soir, si vous le permettez, c\u2019est \u00e0 eux que je remettrai mon ruban.<\/p>\n<p>\u00c0 ma fille Celia aussi, qui l\u2019a bien m\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Demain, il sera \u00e0 ma boutonni\u00e8re.<br \/>\n[\/read_more][\/vc_column_text][\/vc_column][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][\/vc_row][vc_row equal_height=&#8221;&#8221; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243; row_name=&#8221;club-rotary&#8221;][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][vc_column width=&#8221;5\/6&#8243;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; css=&#8221;.vc_custom_1615452209343{margin-top: -20px !important;}&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_custom_heading text=&#8221;Discours \u2013 Club Rotary&#8221; font_size=&#8221;&#8221; color=&#8221;accent&#8221; font_weight=&#8221;700&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615454791533{margin-top: -20px !important;margin-bottom: -20px !important;}&#8221;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_column_text]Il est aussi difficile, dans le monde o\u00f9 nous vivons, d\u2019entendre un Fran\u00e7ais bien parl\u00e9 que de rencontrer un vrai Chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Et ce n\u2019est pas par provocation que j\u2019emploie cette comparaison. Je pense simplement que la langue est ce qui &#8220;relie&#8221; un peuple \u00e0 son identit\u00e9 et qu\u2019\u00e0 ce titre, elle est une Religion. On ne peut pas pi\u00e9tiner sa langue sans y laisser son \u00e2me. Les civilisations meurent de n\u00e9gligence et, sur ce plan, les choses sont en bonne voie pour nous.<br \/>\n[read_more id=&#8221;1&#8243; more=&#8221;Lire la suite&#8221; less=&#8221;Retour&#8221;]<\/p>\n<p>La radio, la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, baignent dans un Fran\u00e7ais assassin\u00e9 qui n\u2019a pas l\u2019air de r\u00e9vulser les directeurs des cha\u00eenes, qui ont eux-m\u00eames &#8211; pour ce qui est du r\u00e9seau national &#8211; l\u2019approbation de ministres dont certains, dans un pass\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9cent auraient pu, sans d\u00e9tonner, \u00eatre pr\u00e9sentateurs de radio ou de t\u00e9l\u00e9.<\/p>\n<p>Et pourquoi ne pas tourner un regard interrogatif vers un chef d\u2019\u00c9tat dont chacun, toutes tendances confondues, s\u2019accorde \u00e0 dire qu\u2019il est un homme de haute culture\u00a0?<\/p>\n<p>J\u2019aime assez voir certains fossoyeurs pr\u00f4ner la simplification de l\u2019orthographe. On n\u2019a plus besoin de la simplifier puisqu\u2019elle a disparu.<\/p>\n<p>J\u2019en vois d\u2019autres se scandaliser de l\u2019arrivage constant de termes anglo-saxons, mais on ne parle de rien si l\u2019on ne parle d\u2019abord de syntaxe. La bonne tenue de la maison commence par une &#8220;mise en ordre&#8221;. Eh bien &#8220;mise en ordre&#8221;, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que signifie \u00e9tymologiquement le mot &#8220;syntaxe&#8221;. Mais si on ne l\u2019apprend pas \u00e0 nos enseignants de base, comment pourraient-ils, \u00e0 leur tour, le dire \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves\u00a0?<\/p>\n<p>Et comment l\u2019\u00e9difice peut-il tenir d\u00e8s lors qu\u2019on l\u2019a amput\u00e9 de ces ceux piliers de base que sont le Latin et le Grec\u00a0?<\/p>\n<p>Gommer l\u2019\u00e9tymologie revient \u00e0 scier un arbre g\u00e9n\u00e9alogique.<\/p>\n<p>Nos parents nous parlaient de leurs grands-parents et nous faisaient aimer des \u00eatres que nous n\u2019avions pas connus. En \u00e9clairant nos origines, ils fortifiaient nos racines. Comment peut-on m\u00e9conna\u00eetre de telles \u00e9vidences\u00a0? Le Fran\u00e7ais qui sillonne la terre appartient \u00e0 sa langue autant qu\u2019\u00e0 ses anc\u00eatres. Et il ne la conna\u00eet plus.<\/p>\n<p>On ne cesse de parler de l\u2019avenir de l\u2019homme, mais comment va-t-on vers l\u2019avenir si ce n\u2019est \u00e0 partir de ses origines. Cela revient \u00e0 ne tirer l\u2019\u00e9lastique que d\u2019un seul c\u00f4t\u00e9. Quelle tension de l\u2019\u00eatre peut-on esp\u00e9rer, et vers quel but si on en fait une \u00eele flottante\u00a0?<\/p>\n<p>Le dialogue de notre pays se nourrit du squelette d\u00e9sarticul\u00e9 de ce qui fut autrefois le Fran\u00e7ais. On ne sait plus construire une p\u00e9riode, ni m\u00eame une phrase ; le vocabulaire s\u2019amenuise jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9bilit\u00e9, il tourne autour de superlatifs insignifiants, d\u2019apocopes, d\u2019aph\u00e9r\u00e8ses vulgaires, d\u2019adjectifs impropres rarement reli\u00e9s \u00e0 un substantif autour d\u2019un mot : &#8220;probl\u00e8me&#8221; qui en a bien aboli et remplac\u00e9 une centaine d\u2019autres, de verbes absents. Le tout vire \u00e0 l\u2019onomatop\u00e9e, au borborygme, \u00e0 l\u2019\u00e9ructation et vous avez pu constater, comme moi, ces jeunes Fran\u00e7ais de souche dont l\u2019entrevue au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u00e9tait sous-titr\u00e9e\u2026 en fran\u00e7ais\u00a0! Ils n\u2019\u00e9taient ni immigr\u00e9s, ni r\u00e9sidents, ni de quelque Dom-Tom. Ils \u00e9taient d\u2019ici, nationalistes et x\u00e9nophobes de surcro\u00eet, mais leur fran\u00e7ais inarticul\u00e9 offensait \u00e0 tel point les microphones qu\u2019il fallut le donner \u00e0 lire.<\/p>\n<p>Et tout cela dans une \u00e9poque o\u00f9, par la gr\u00e2ce des m\u00e9dias, tout le monde prend la parole, ce qui jamais dans l\u2019histoire du monde ne s\u2019\u00e9tait produit.<\/p>\n<p>Quand nos humoristes veulent nous faire rire de l\u2019accent africain, ils ne se doutent pas qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 ils nous donnent une le\u00e7on de Fran\u00e7ais, car leur caricature na\u00eet toujours d\u2019une application tatillonne \u00e0 ne pas transgresser nos r\u00e8gles grammaticales. C\u2019est dans notre pays que se pratique d\u00e9sormais le &#8220;petit n\u00e8gre&#8221; que nos colonisateurs tournaient en d\u00e9rision. L\u2019homme remonte dans l\u2019arbre au moment o\u00f9, plus que jamais, il faudrait qu\u2019il en descende. Si encore c\u2019\u00e9tait son arbre g\u00e9n\u00e9alogique\u00a0!<\/p>\n<p>Ceux qui sont cens\u00e9s gouverner, donc pr\u00e9voir, ont fait un faux calcul en sacralisant l\u2019ordinateur. Ils ont math\u00e9matis\u00e9 les cerveaux en pr\u00e9vision d\u2019un &#8220;march\u00e9 du travail&#8221; qui, \u00e0 tout jamais, refusera du monde puisque l\u2019ordinateur en occupe la plus grande partie et d\u00e9truit toute aspiration \u00e0 l\u2019artisanat, voire \u00e0 la d\u00e9brouillardise, qui ont toujours \u00e9t\u00e9 et pourraient encore \u00eatre cr\u00e9ateurs d\u2019activit\u00e9s.<\/p>\n<p>Au passage, ils ont mis le Fran\u00e7ais aux oubliettes, d\u00e9mantel\u00e9 le patrimoine et fait une h\u00e9catombe de &#8220;demandeurs d\u2019emplois&#8221; sp\u00e9cialis\u00e9s dans l\u2019inculture.<\/p>\n<p>Ils m\u00e8nent un faux combat ceux qui s\u2019horrifient de l\u2019intrusion dans notre langue de mots comme parking, shopping, week-end, jogging. Ou alors il faudrait renoncer \u00e0 bistro, taxi, sucre, pyjama, ch\u00e2le, turban, op\u00e9ra, th\u00e9, divan, chocolat, redingote, tarif, coton, chocolat, amiral et sept mille autres de toutes origines autres que le Latin et le Grec, dont nous avons bien eu raison de nous enrichir au cours des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Rappelons-nous qu\u2019en anglais, cette langue dont, de mauvaise foi, on veut faire la cause de nos d\u00e9boires, les mots se terminant en &#8220;ion&#8221; (sensation, illusion), en &#8220;it\u00e9&#8221; (fraternit\u00e9, identit\u00e9), en &#8220;logie&#8221; (graphologie, pathologie), en &#8220;ophie&#8221; et &#8220;graphie&#8221; (philosophie, biographie), en &#8220;able&#8221; et beaucoup d\u2019autres viennent tous de notre langue.<\/p>\n<p>Rappelons qu\u2019intellectuel se dit &#8220;intellectual&#8221;, que certain se dit &#8220;certain&#8221;, que lumineux se dit &#8220;luminous&#8221;, et que costume se dit &#8220;costume&#8221;. Sait-on que tennis vient du &#8220;tenez !&#8221; que l\u2019on pronon\u00e7ait en servant au Jeu de Paume\u00a0?<\/p>\n<p>Sait-on que les Anglo-Saxons ont, dans leur langue, trente-sept mille mots fran\u00e7ais, au point que Louis-Philippe disait : &#8220;L\u2019anglais est un squelette d\u2019Allemand habill\u00e9 de Fran\u00e7ais&#8221; et Victor Hugo\u00a0: &#8220;L\u2019anglais est du Fran\u00e7ais mal prononc\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>Alors, si l\u2019anglais nous revient, tant mieux ! Il nous doit une grande partie de sa richesse. Et si quelquefois nous avons recours \u00e0 lui, lui ne peut se passer de nous. \u00c0 nous de savoir r\u00e9int\u00e9grer notre langue quand le terme anglais a une contrepartie et souvent une origine fran\u00e7aise tout aussi valables. Cela, Jacques Toubon l\u2019a tr\u00e8s bien compris.<\/p>\n<p>Comme tout corps vivant, une langue a besoin de se nourrir, de s\u2019ouvrir aux apports ext\u00e9rieurs. C\u2019est ainsi qu\u2019on augmente son tr\u00e9sor. Mais pour les dig\u00e9rer et les int\u00e9grer sainement, elle doit d\u2019abord \u00eatre bien parl\u00e9e par ceux qui en ont la garde, faute de quoi elle se transforme en d\u00e9potoir.<\/p>\n<p>Je m\u2019irrite plut\u00f4t de voir notre langue contre-accentu\u00e9e par certains bateleurs de radio et de t\u00e9l\u00e9vision qui mettent syst\u00e9matiquement l\u2019accent tonique sur la premi\u00e8re syllabe afin de lui donner une intonation anglo-saxonne. C\u2019est triste, parce que la musique d\u2019une langue, c\u2019est aussi son \u00e2me.<\/p>\n<p>Je m\u2019irrite aussi de voir notre vocabulaire se r\u00e9tr\u00e9cir et certains mots en assassiner quelquefois des centaines d\u2019autres. Un seul d\u2019entre eux, le mot &#8220;probl\u00e8me&#8221; n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas loin d\u2019avoir ray\u00e9 de la carte les mots question, \u00e9nigme, interrogation, devinette, charade, r\u00e9bus, difficult\u00e9, embarras, tourment, tracas, \u00e9preuve, embarras, p\u00e9ril, impasse, al\u00e9a, obstacle, d\u00e9dale, pour n\u2019en citer que quelques-uns.<\/p>\n<p>Et que dire d\u2019un ministre des transports qui laissa les murs de nos villes se couvrir un jour de cette formule \u00e9tonnante : &#8220;Je roule cool&#8221;. Ceux du m\u00e9tro s\u2019orner de cette autre perle\u00a0: &#8220;La RATP recrute des agents de ma\u00eetrise. Entrez dans le m\u00e9tro, c\u2019est pro.&#8221;<\/p>\n<p>Je faisais, en commen\u00e7ant, un parall\u00e8le entre langue et religion. J\u2019en ferai un tout aussi important entre langue et famille.<\/p>\n<p>\u00c9coutez bien la langue qui se parle et vous y trouverez quelque chose qui n\u2019est pas sans rapport avec la brisure du lien familial. Je veux parler de l\u2019usage syst\u00e9matique du hiatus dans le parler quotidien. Le hiatus est une fausse note voulue. Il est le rejet syst\u00e9matique de la consonne d\u2019appui qui fait &#8220;liaison&#8221;. Mais ce mot &#8220;liaison&#8221; n\u2019est-il pas de la m\u00eame origine que &#8220;relier&#8221; et &#8220;religion&#8221;. Et &#8220;consonne&#8221; ne signifie-t-il pas &#8220;sonner avec&#8221; ? Toutes notions qui \u00e9voquent une harmonie de liens familiaux et ces liens, il est \u00e9vident qu\u2019on les maintiendrait en disant : &#8220;Il \u00e9tait &#8220;tune&#8221; fois&#8221; ou &#8220;c\u2019est &#8220;tun&#8221; ami&#8221;, mais qu\u2019on les rompt d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment en disant &#8220;Il &#8220;\u00e9tai&#8221; une fois&#8221;, &#8220;c\u2019\u00e9 un ami&#8221;, le &#8220;di&#8221; octobre, &#8220;cen&#8221; entreprises &#8220;on&#8221; \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es\u2026&#8221; Autant de laideurs qu\u2019on crache au visage de Descartes, Montaigne, Voltaire ou Proust qui \u00e9taient des p\u00e8res et qui respectaient les liaisons. Le hiatus n\u2019est pas que rupture. Il est le commencement de la discorde.<\/p>\n<p>Mais l\u2019\u00e2me humaine a des bizarreries qui me surprendront toujours. Quand d\u2019aventure un sursaut de purisme semble se manifester, comme ce fut le cas au moment de la Guerre du Golfe, on aboutit \u00e0 des \u00e9tranget\u00e9s telles que : &#8220;Les sir\u00e8nes ne prennent personne &#8220;tau&#8221; d\u00e9pourvu\u2026&#8221; &#8220;Ce n\u2019est pas un souhait, mais bien &#8220;zune&#8221; r\u00e9alit\u00e9&#8221;, &#8220;Je crois qu\u2019ils doivent savoir que l\u2019Irak fait partie de la nation-Zarabe&#8221;, &#8220;Chaque unit\u00e9 au combat passe &#8220;t\u2019en&#8221; principe\u2026&#8221;Oublions par charit\u00e9 que deux soldats alli\u00e9s morts au combat \u00e9taient &#8220;respectueusement&#8221; \u00e2g\u00e9s de 24 et 32 ans&#8221; pour ne retenir qu\u2019un sursaut r\u00e9confortant, mais h\u00e9las maladroit et de courte dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Je voudrai terminer, puisque je suis d\u2019abord un auteur de chansons, par une anecdote professionnelle en forme de parabole.<\/p>\n<p>J\u2019avais \u00e9crit, pour les 75 ans de Maurice Chevalier, une chanson qui s\u2019intitulait &#8220;Qu\u2019est-ce qui r\u2019vient\u00a0?&#8221;.<\/p>\n<p>Un dimanche en matin\u00e9e, en compagnie de Mireille qui en avait \u00e9crit la musique, je vais \u00e0 l\u2019Alhambra \u00e9couter le tour de chant du grand Maurice qui nous re\u00e7oit ensuite dans sa loge, en peignoir de bain, serviette \u00e9ponge autour du cou, pieds nus dans des pantoufles.<\/p>\n<p>Entretien cordial, bonhomme, dont je sors ravi. Chevalier \u00e9tait pour moi une l\u00e9gende. Mais Mireille me dit\u00a0: &#8220;Je n\u2019ai pas aim\u00e9 la fa\u00e7on dont il s\u2019est d\u00e9barrass\u00e9 de nous. Il nous a carr\u00e9ment mis \u00e0 la porte.&#8221;<\/p>\n<p>Je ne partageais pas cette impression. Je ne m\u2019\u00e9tais pas senti \u00e9conduit, bien au contraire, mais il faut conna\u00eetre Mireille, merveilleuse musicienne, mais attentive jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre un peu soup\u00e7onneuse. Elle me prend par la main, me dit\u00a0: &#8220;Je veux en avoir le c\u0153ur net, venez avec moi.&#8221;<\/p>\n<p>Et me voil\u00e0 tapi (si j\u2019ose dire) derri\u00e8re un rideau, guettant je ne sais quoi, mal \u00e0 l\u2019aise. Or Mireille avait eu un juste pressentiment. Trois minutes ne s\u2019\u00e9taient pas \u00e9coul\u00e9es que nous voyons Maurice Chevalier appara\u00eetre en smoking, canotier \u00e0 la main, faire le parcours du fond de la sc\u00e8ne au micro, puis du micro au fond de la sc\u00e8ne, puis du fond de la sc\u00e8ne au micro. Bref, \u00e0 75 ans, apr\u00e8s plus de 60 ans de m\u00e9tier, Chevalier r\u00e9glait encore le nombre de pas exacts de son entr\u00e9e et de sa sortie de sc\u00e8ne. Et en chaussures vernies, car on ne marche pas de la m\u00eame fa\u00e7on en chaussures vernies qu\u2019en Charentaises\u00a0! Apr\u00e8s quoi il s\u2019en retourna dans sa loge pour se remettre en peignoir et pantoufles, en attendant la repr\u00e9sentation de 21h.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que cela veut dire et quel rapport me direz-vous avec la langue fran\u00e7aise\u00a0?<\/p>\n<p>Eh bien, dans un music-hall (mot anglais) o\u00f9 traditionnellement les chanteurs se produisaient en tourlourous, clochards, clowns, quand ce n\u2019\u00e9tait pas en lavalli\u00e8re, Maurice Chevalier avait introduit dans les ann\u00e9es 20, un accoutrement nouveau, le smoking (autre mot anglais), mais que, soucieux des r\u00e8gles de son m\u00e9tier, cinquante ans plus tard il en respectait l\u2019ordre, c\u2019est \u00e0 dire la syntaxe.<\/p>\n<p>Dans un monde en d\u00e9bandade o\u00f9 l\u2019on parle beaucoup d\u2019Ordre Nouveau sans jamais plus \u00eatre capables de nous entendre entre nous, la premi\u00e8re urgence serait de refaire notre \u00c9cole en donnant la pr\u00e9pond\u00e9rance au premier de tous nos biens communs\u00a0: la Langue Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>[\/read_more][\/vc_column_text][\/vc_column][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][\/vc_row][vc_row equal_height=&#8221;&#8221; background_type=&#8221;image&#8221; background_color=&#8221;custom&#8221; background_img_lazyload=&#8221;1&#8243; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243; row_name=&#8221;sur-la-chanson&#8221; background_custom_color=&#8221;#f2f3f2&#8243;][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][vc_column width=&#8221;5\/6&#8243;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; css=&#8221;.vc_custom_1615452209343{margin-top: -20px !important;}&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_custom_heading text=&#8221;Discours \u2013 Sur la chanson&#8221; font_size=&#8221;&#8221; color=&#8221;accent&#8221; font_weight=&#8221;700&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615454895956{margin-top: -20px !important;margin-bottom: -20px !important;}&#8221;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_column_text]Je me suis souvenu qu\u2019au d\u00e9but, quand je disais que j\u2019\u00e9crivais des chansons, on me demandait toujours\u00a0: &#8220;Mais, \u00e0 part \u00e7a, que faites-vous pour gagner votre vie\u00a0?&#8221;. Il subsiste toujours une question \u00e0 notre sujet dans l\u2019esprit du public, c\u2019est que la chanson est une des choses les plus ind\u00e9finissables qui soient.<\/p>\n<p>Des paroles, de la musique. &#8220;Chansons que tout cela\u00a0!&#8221; disait Moli\u00e8re avec m\u00e9pris dans &#8220;l\u2019\u00c9cole des maris.&#8221;<br \/>\n[read_more id=&#8221;1&#8243; more=&#8221;Lire la suite&#8221; less=&#8221;Retour&#8221;]<\/p>\n<p>L\u00e9o Ferr\u00e9 r\u00e9tablissait l\u2019\u00e9quilibre en parlant de &#8220;cette grande petite chose, la chanson.&#8221;<\/p>\n<p>Il est vrai qu\u2019aucun \u00e9v\u00e9nement de notre vie, de l\u2019Histoire m\u00eame, ne peut se trouver dissoci\u00e9 d\u2019une chanson. Et \u00e0 mesure que l\u2019on vieillit, la chanson vient d\u2019abord, et le souvenir la suit.<\/p>\n<p>Pourquoi est-ce ainsi ? Parce qu\u2019il y a toujours eu des auteurs et des compositeurs qui \u00e9taient &#8220;de leur \u00e9poque&#8221;, c\u2019est \u00e0 dire qui n\u2019\u00e9taient arriv\u00e9s ni trop tard ni trop t\u00f4t, et qui se sont trouv\u00e9s l\u00e0 pour capter l\u2019air du temps. Des mediums en quelque sorte\u00a0!<\/p>\n<p>Comment expliquer autrement, &#8211; non pas la chanson, &#8211; mais le &#8220;succ\u00e8s&#8221; de la chanson\u00a0?<\/p>\n<p>Il y a 40.000 auteurs \u00e0 la S.A.C.E.M. 1000.000 chansons s\u2019y d\u00e9posent par an. 12, 15, 20 deviennent des succ\u00e8s et rencontrent la faveur du public. Faites la part du d\u00e9chet et dites-moi si ce n\u2019est pas un miracle que je me retrouve aujourd\u2019hui dans cet H\u00f4tel Rapha\u00ebl \u00e0 vous parler, \u00e0 vous, membres du Rotary, de quoi\u00a0? De chanson.<\/p>\n<p>Enfant, je m\u2019\u00e9merveillais de toutes ces vedettes que mon p\u00e8re m\u2019emmenait voir et entendre au Music-Hall. Mes r\u00eaves se peuplaient de Fred Astaire et de ces bouquets de girls superbes que Busby Berkeley nous offrait par myriades dans la virtuosit\u00e9 diabolique de ses jeux de miroir.<\/p>\n<p>J\u2019ignorais alors qu\u2019un jour j\u2019approcherais ces vedettes mythiques, que je leur parlerais, que je les toucherais et que je m\u2019exprimerais \u00e0 travers elles.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on posait \u00e0 Cole Porter la question\u00a0: \u00a8Qu\u2019est-ce qui vient en premier\u00a0: les paroles ou la musique\u00a0?&#8221;, il r\u00e9pondait\u00a0: &#8220;Oui&#8221;.<\/p>\n<p>Cela veut dire qu\u2019on ne sait jamais comment va na\u00eetre une chanson. Et quand elle commence par la musique, d\u2019o\u00f9 vient que se retrouvent sur le papier de l\u2019auteur les mots &#8220;Croquemitoufle&#8221;, &#8220;La Place Rouge \u00e9tait blanche&#8221;, &#8220;Mon pays, ce n\u2019est pas un pays, c\u2019est l\u2019hiver&#8221; ou &#8220;Un oranger sur le sol Irlandais\u2026&#8221;<\/p>\n<p>Croyez-moi, le premier surpris, c\u2019est l\u2019auteur qui se demande ce qu\u2019il vient de pondre et ce qu\u2019il va bien pouvoir dire ensuite.<\/p>\n<p>Le talent, dans notre m\u00e9tier comme partout ailleurs, est la chose du monde la mieux partag\u00e9e. S\u2019il fallait le chiffrer dans la r\u00e9ussite d\u2019une carri\u00e8re, je dirais qu\u2019il repr\u00e9sente 10\u00a0% et que le reste est transpiration, ce mot que j\u2019ai appris \u00e0 bannir de mon vocabulaire.<\/p>\n<p>Si vous en voulez un exemple, je vous citerai celui de Maurice Chevalier pour qui j\u2019avais \u00e9crit, \u00e0 l\u2019occasion de ses soixante-quinze ans, une chanson intitul\u00e9e &#8220;Qu\u2019est-ce qui r\u2019vient\u00a0?&#8221;<\/p>\n<p>Un dimanche en matin\u00e9e, en compagnie de Mireille qui en avait \u00e9crit la musique, je vais \u00e0 l\u2019Alhambra \u00e9couter le tour de chant du grand Maurice qui nous re\u00e7oit ensuite dans sa loge, en peignoir de bain, serviette \u00e9ponge autour du cou, pieds nus dans ses pantoufles.<\/p>\n<p>Entretien cordial, bonhomme, dont je sors ravi. Chevalier \u00e9tait pour moi une l\u00e9gende. Mais Mireille me dit\u00a0: &#8220;Je n\u2019ai pas aim\u00e9 la fa\u00e7on dont il s\u2019est d\u00e9barrass\u00e9 de nous. Il nous a carr\u00e9ment mis \u00e0 la porte.&#8221;<\/p>\n<p>Je ne partageais pas cette impression. Je ne m\u2019\u00e9tais pas senti \u00e9conduit, bien au contraire, mais il faut conna\u00eetre Mireille, merveilleuse musicienne, mais attentive jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre un peu soup\u00e7onneuse. Elle me prend par la main, me dit\u00a0: &#8220;Je veux en avoir le c\u0153ur net, venez avec moi.&#8221;<\/p>\n<p>Et me voil\u00e0 tapi (si j\u2019ose dire\u2026) derri\u00e8re un rideau, guettant je ne sais quoi, plut\u00f4t mal \u00e0 l\u2019aise dans ma peau d\u2019espion. Or Mireille avait eu un juste pressentiment. Trois minutes ne s\u2019\u00e9taient pas \u00e9coul\u00e9es que nous voyons Maurice Chevalier appara\u00eetre en smoking, canotier \u00e0 la main, faire le parcours du fond de la sc\u00e8ne au micro, puis du micro au fond de la sc\u00e8ne, puis du fond de la sc\u00e8ne au micro. Bref, \u00e0 75\u00a0ans, apr\u00e8s plus de 60 ans de carri\u00e8re, Chevalier r\u00e9glait encore, comme beaucoup de d\u00e9butants ne penseraient pas \u00e0 le faire, le nombre de pas exact de son entr\u00e9e et de sa sortie de sc\u00e8ne. Et en chaussures vernies, car on ne marche pas de la m\u00eame fa\u00e7on en chaussures vernies qu\u2019en Charentaises\u00a0! Apr\u00e8s quoi il s\u2019en retourna dans sa loge pour se remettre en peignoir et pantoufles, en attendant la repr\u00e9sentation de 21h.<\/p>\n<p>Le public, lui, ne sait pas cela. Il subit le charme \u00e9clatant du sourire de Chevalier et croit que le reste vient naturellement.<\/p>\n<p>Je veux vous raconter aussi l\u2019histoire d\u2019Yves Montand qui nous re\u00e7oit un matin, \u00c9mil Stern et moi, sortant du lit, pieds nus, cheveux \u00e9bouriff\u00e9s, v\u00eatu d\u2019une robe de chambre \u00e9cossaise et refuse la chanson que nous lui apportons en nous disant\u00a0: &#8221; Non, ce n\u2019est pas de cela que j\u2019ai besoin. J\u2019ai un trou dans mon tour de chant\u2026 Tenez, je vais vous montrer\u00a0!&#8221; Et le voil\u00e0 qui, dans cette tenue aussi peu &#8220;star&#8221; que possible (des claquettes en pieds nus, imaginez-vous) nous donne une heure et demie du spectacle le plus surr\u00e9aliste qu\u2019il m\u2019ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de voir. Tout un tour de chant tour \u00e0 tour tendre, \u00e9tourdissant et, parvenu au paroxysme de la virtuosit\u00e9, il s\u2019arr\u00eate, essouffl\u00e9, et nous dit\u00a0: &#8220;Voil\u00e0. Je viens de bouger beaucoup. Le public en a assez. Moi aussi. Parvenu \u00e0 ce point, il me faut un moment de confidence, il faut que les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, que je n\u2019aie plus qu\u2019un spot sur moi, que je reste immobile, apais\u00e9 devant mon micro.&#8221;<\/p>\n<p>Et, ce disant, il laisse tomber sa t\u00eate sur sa poitrine, comme \u00e9puis\u00e9.<\/p>\n<p>Je lui dis : &#8220;Ta chanson est faite\u00a0!&#8221;<\/p>\n<p>Nous sommes, nous paroliers, les premiers pas par qui la langue fran\u00e7aise parvient, \u00e0 chaque heure du jour et de la nuit, aux oreilles du public. Nous avons donc le devoir de peser nos mots m\u00eame et surtout si la chanson est un art populaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">&#8211; Mardi, 5 avril 1994.<br \/>\n[\/read_more]<\/p>\n<p>[\/vc_column_text][\/vc_column][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][\/vc_row][vc_row equal_height=&#8221;&#8221; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243; row_name=&#8221;spectacle-hommage&#8221;][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][vc_column width=&#8221;5\/6&#8243;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; css=&#8221;.vc_custom_1615452209343{margin-top: -20px !important;}&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_custom_heading text=&#8221;Discours \u2013 Spectacle hommage&#8221; font_size=&#8221;&#8221; color=&#8221;accent&#8221; font_weight=&#8221;700&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615454964421{margin-top: -20px !important;margin-bottom: -20px !important;}&#8221;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_column_text]Je serai ce soir un spectateur \u00e9merveill\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9merveill\u00e9 de ce qu\u2019une note soit un dessin sur un papier et que ce dessin se transforme en son. Que ce son, en tintant, d\u00e9place les choses ou les remette en ordre.<\/p>\n<p>\u00c9merveill\u00e9 de ce qu\u2019un mot pos\u00e9 sur un son puisse le prolonger, l\u2019emporter jusque dans les replis les plus secrets de l\u2019\u00e2me collective et lui faire franchir des seuils d\u2019esp\u00e9rance, de tendresse ou de m\u00e9lancolie.<br \/>\n[read_more id=&#8221;1&#8243; more=&#8221;Lire la suite&#8221; less=&#8221;Retour&#8221;]<\/p>\n<p>\u00c9merveill\u00e9 d\u2019\u00eatre le fils de ce p\u00e8re qui, par-dessus tout, aimait chanter. De cette m\u00e8re qui soupirait &#8220;La Paloma&#8221; en brodant des nappes \u00e0 l\u2019ancienne dans son fauteuil \u00e0 bascule.<\/p>\n<p>\u00c9merveill\u00e9 de ce qu\u2019\u00e0 des milliers d\u2019encablures des C\u00f4tes d\u2019Armor, par-del\u00e0 la symphonie de l\u2019Atlantique, existe une terre grandiose o\u00f9 des gens parlent la langue que j\u2019\u00e9cris, vibrent aux \u00e9motions qui, un jour, ont fait trembler ma main et m\u2019ont fait tisser sur des navires de musique des voiles de paroles qu\u2019un vent magique a port\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 leurs rivages.<\/p>\n<p>\u00c9merveill\u00e9 de ce que le Qu\u00e9bec soit une partie de moi et qu\u2019\u00e0 Trois-Rivi\u00e8res, Joliette ou Hochelaga, des passants me sourient parce qu\u2019une voix de chez eux s\u2019est empar\u00e9e de quelques phrases qu\u2019une source invisible a fait surgir du fond de ma m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Je serai ce soir le seul spectateur d\u2019un spectacle dont vous serez les acteurs. Vous allez jouer \u00e0 chanter, \u00e0 \u00e9couter, \u00e0 vivre &#8220;Cent Mille Chansons&#8221; et je guetterai, comme l\u2019oiseau contemple sa couv\u00e9e, la naissance d\u2019un moment o\u00f9 vous et moi ne ferons plus qu\u2019un, o\u00f9 le miracle apr\u00e8s lequel j\u2019ai couru toute ma vie s\u2019accomplira comme la chose la plus simple du monde, parce que vous et moi ne savons pas vivre sans aimer et \u00eatre aim\u00e9s.<\/p>\n<p>Il y fallait cependant la volont\u00e9, le talent et l\u2019amiti\u00e9 de quelques-unes, de quelques-uns qui ont voulu ce moment, l\u2019ont pr\u00e9par\u00e9 avec l\u2019ardeur que les artistes (et nous sommes tous des artistes) savent mettre dans ce qu\u2019ils projettent, dessinent et d\u00e9livrent quand le c\u0153ur a parl\u00e9 et que plus rien ne peut arr\u00eater le cours de leurs \u00e9lans.<\/p>\n<p>Il y fallait enfin le souffle d\u2019une jeunesse, belle \u00e0 supprimer le temps, les modes et les fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Je m\u2019adresse \u00e0 ceux qui m\u2019offrent cette soir\u00e9e, que je vais d\u00e9couvrir comme on ouvre un paquet-cadeau, car ils ne m\u2019ont rien dit de ce qu\u2019ils allaient nous donner \u00e0 voir.<\/p>\n<p>Je serai ce soir un spectateur combl\u00e9, \u00e9mu et plein de reconnaissance\u2026<\/p>\n<p>[\/read_more][\/vc_column_text][\/vc_column][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][\/vc_row][vc_row equal_height=&#8221;&#8221; background_type=&#8221;image&#8221; background_color=&#8221;custom&#8221; background_img_lazyload=&#8221;1&#8243; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243; row_name=&#8221;yves-montand&#8221; background_custom_color=&#8221;#f2f3f2&#8243;][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][vc_column width=&#8221;5\/6&#8243;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; css=&#8221;.vc_custom_1615452209343{margin-top: -20px !important;}&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_custom_heading text=&#8221;T\u00e9moignage \u2013 Yves Montand&#8221; font_size=&#8221;&#8221; color=&#8221;accent&#8221; font_weight=&#8221;700&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615455016325{margin-top: -20px !important;margin-bottom: -20px !important;}&#8221;][vc_separator el_width=&#8221;100%&#8221; color=&#8221;custom&#8221; custom_color=&#8221;#808080&#8243;][vc_column_text]Il faut croire que les chansons mentent quelquefois, car la mer ne parvient pas \u00e0 effacer sur le sable les pas d\u2019Yves Montand, et ses feuilles mortes ne sont pas pr\u00e8s de mourir.<\/p>\n<p>Il en a tant sem\u00e9 sur la route qu\u2019ici et l\u00e0, ici ou l\u00e0, en l\u2019An 2000 et bien apr\u00e8s, il se trouvera toujours quelques anc\u00eatres ou quelques enfants pour en saisir une au vol et la faire repartir vers des l\u00e8vres inconnues qui, d\u00e9sinvoltes, un peu distraites, en ignorant le nom de l\u2019auteur, lui feront le don miraculeux d\u2019un renouveau d\u2019\u00e9ternit\u00e9.<br \/>\n[read_more id=&#8221;1&#8243; more=&#8221;Lire la suite&#8221; less=&#8221;Retour&#8221;]<br \/>\nYves a tellement habit\u00e9 son temps, et ce temps fut si riche d\u2019Histoire qu\u2019on ne pourra plus \u00e9voquer son Mur, des Partisans, ou simplement Paris et ses \u00eeles, sans y m\u00ealer son image et sa voix.<\/p>\n<p>Il y a les chanteurs qui chantent et ceux qu\u2019une baguette invisible a mu\u00e9s en messagers du si\u00e8cle. Yves Montand est de ceux-l\u00e0. Porteur de nos rires, t\u00e9moin de nos \u00e9preuves, il ira aussi loin que peut aller l\u2019inconstance m\u00e9moire des hommes, qui sait pourtant reconna\u00eetre les arbres auxquels elle s\u2019attache.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">&#8211; Neuilly, 19 d\u00e9cembre 1991<br \/>\n[\/read_more]<\/p>\n<p>[\/vc_column_text][\/vc_column][vc_column width=&#8221;1\/12&#8243;][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row content_width=&#8221;full&#8221; equal_height=&#8221;&#8221; font_color=&#8221;light&#8221; background_type=&#8221;image&#8221; background_img=&#8221;661&#8243; background_img_lazyload=&#8221;1&#8243; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243; css=&#8221;.vc_custom_1615383108521{margin-top: 88px !important;}&#8221;][vc_column content_type=&#8221;block-media&#8221; shift_x=&#8221;0&#8243; shift_y=&#8221;0&#8243; z_index=&#8221;0&#8243;][vc_single_image image=&#8221;434&#8243; img_size=&#8221;full&#8221; full_width=&#8221;1&#8243; 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